C’était le général, commandant en chef qui s’adressait à moi. Je n’avais rien dit du tout, mais les yeux de papa s’étaient arrêtés sur moi ; il attendait.
« Il me semble qu’un grand pessimisme s’est fait jour à cette conférence, dis-je, et aussi que bien des avis exprimés se fondent sur des hypothèses. Ces hypothèses peuvent être erronées.
— Par exemple ? »
N’ayant pas d’exemple présent à l’esprit, je tirai au jugé.
« Tenez, par exemple, j’entends constamment parler de la fièvre neuvaine comme si cette caractéristique d’une évolution de neuf jours était un fait absolu. Or c’est faux. »
La plus grosse légume de la conférence haussa les épaules avec impatience. « Ce n’est qu’un terme commode. En moyenne la maladie dure bien neuf jours.
— Oui, certes, mais comment savez-vous qu’elle dure neuf jours pour une larve ? »
Le murmure qui accueillit cette remarque me prouva que je venais une fois encore de décrocher le gros lot.
On me pria d’expliquer pourquoi je supposais que la fièvre pouvait avoir une évolution différente chez les larves et quelle importance cela pouvait présenter. Je fonçai dans le brouillard. « En ce qui concerne le premier point, dis-je, dans le seul cas dont nous ayons connaissance, la larve est morte en moins de neuf jours – beaucoup moins de neuf jours même. Ceux d’entre vous qui ont vu les enregistrements des séances d’hypnose auxquelles s’est soumise ma femme – et je suis enclin à penser que vous n’avez été que trop nombreux à les voir – savent que son parasite l’avait quittée bien avant la crise du huitième jour, sans doute parce qu’il s’était détaché et était mort. Si les expériences confirment cette supposition, le problème devient tout différent. Un homme atteint de la fièvre pourrait être débarrassé de sa larve en… mettons quatre jours. Cela nous laisserait cinq jours pour le retrouver et le guérir. »
Le général laissa échapper un petit sifflement. « C’est une solution bien radicale, monsieur Nivens. Comment comptez-vous le guérir ? Ou même le retrouver ? À supposer que nous déclenchions une épidémie en zone rouge, il faudrait agir avec une célérité incroyable – et cela en face d’une résistance acharnée, ne l’oubliez pas – pour repérer et soigner plus de cinquante millions de personnes avant qu’elles ne meurent. »