Je lui renvoyai la balle illico – et me demandai en passant combien d’experts s’étaient fait une réputation de compétence en refilant habilement leurs difficultés aux autres. « Votre seconde question est un problème tactique et logistique – c’est votre affaire. Quant à la première, voilà votre expert. » Je désignai du doigt le docteur Hazelhurst.
Celui-ci se lança dans quelques circonlocutions embarrassées. Je me mettais à sa place du reste ! « Insuffisance de cas cliniques connus… besoin de recherches plus approfondies… expériences nécessaires…» Il lui semblait se souvenir qu’on avait travaillé à la préparation d’une antitoxine, mais que le vaccin immunisant avait si bien réussi qu’il n’était pas sûr qu’on ait mis l’antitoxine au point. Il conclut assez piteusement en disant que l’étude des maladies exotiques de Vénus était encore dans son enfance.
Le général lui coupa la parole. « Cette antitoxine dont vous parlez… combien de temps vous faut-il pour savoir ce qu’il en est au juste ? »
Hazelhurst dit qu’il aurait besoin de téléphoner à quelqu’un à la Sorbonne, qui sans doute pourrait…
« Allez téléphoner, dit le commandant en chef. Vous êtes excusé. »
Hazelhurst passa nous voir le lendemain matin avant notre petit déjeuner. Il bourdonnait d’activité. Je sortis dans le couloir avec lui.
« Je suis désolé de vous réveiller, dit-il, mais vous aviez raison, pour cette histoire d’antitoxine.
— Hein ?
— On m’en a envoyé de Paris : je l’attends d’un instant à l’autre. J’espère qu’elle est encore active.
— Et si elle ne l’est plus ?