Je pensais en moi-même qu’il y avait sans doute ici-bas pas mal de gens assez bêtes pour gober ce genre de couleuvres et vendre leurs âmes contre une promesse de sécurité et de paix. Mais je me gardai bien de le lui dire.

« Tu n’attendras plus bien longtemps, dit-il tout à coup en regardant le tableau de bord. Je vais prendre l’onde porteuse. »

Il régla son fil de mire, vérifia ses cadrans et brancha le pilote automatique.

« Là ! Prochain arrêt : le Yucatan. Et maintenant, au travail. »

Il se leva de son siège et s’agenouilla à côté de moi.

« Il faut faire bien attention », dit-il en me bouclant la ceinture de sûreté autour de la taille.

Je lui envoyai mes deux genoux en pleine figure.

Il se redressa et me regarda sans colère. « Sale gosse ! Je devrais me fâcher, mais les “maîtres” n’ont pas de rancune. Maintenant, sois sage. »

Il continua à vérifier la solidité de mes liens. Il saignait du nez, mais ne prenait même pas la peine de s’essuyer. « Ça ira, dit-il enfin. Un peu de patience, il n’y en a plus pour longtemps. »

Il retourna sur l’autre siège, s’assit et se pencha en avant, les coudes sur les genoux. Cette position me laissait apercevoir son « maître ». Pendant quelques minutes, il ne se passa rien. Je ne pouvais penser à autre chose qu’à tirer de tous mes muscles sur mes liens. Le Patron semblait dormir, mais je ne m’y fiais pas.