J’étais allongé à côté de lui, presque joue contre joue. Je ne pouvais percevoir chez lui aucun signe de vie. Dans la position bizarre de pantin disloqué où il se trouvait, il paraissait impossible qu’il ne fût pas mort.

« Papa…», dis-je d’une voix rauque.

« Papa ! » répétai-je, cette fois dans un véritable hurlement.

Ses paupières battirent, mais il n’ouvrit pas les yeux.

« Bonjour petit, murmura-t-il. Merci, mon garçon, merci…»

Sa voix s’éteignit.

J’aurais voulu le secouer, mais je ne pouvais que crier.

« Papa ! Réveillez-vous ! Comment ça va ? »

De nouveau, il me parla. Chaque parole semblait lui coûter un effort prodigieux. « Ta mère… m’a dit de te dire… qu’elle était… fière de toi. » Sa voix s’éteignit de nouveau. Sa respiration déjà difficile avait pris cette redoutable résonance de feuilles mortes froissées qui annonce le dernier râle.

« Papa, sanglotai-je, il ne faut pas mourir… Je ne peux pas me passer de vous. »