Je reculai de dix mètres et fonçai sur la barrière à toute allure. Les autavions du Service ont des moteurs spécialement gonflés et des carrosseries renforcées. Heureusement, du reste, parce que la barrière était solide. Je me gardai bien de ralentir une fois de l’autre côté.
« Ça devient intéressant, me dit Davidson d’un air songeur. Tu sais toujours ce que tu fais, oui ?
— Boucle-la, dis-je sèchement. Comprenez-moi bien, tous les deux : nous n’avons pas grande chance de nous en tirer, mais il faut coûte que coûte que nous transmettions ces foutues images.
— À tes ordres. »
J’avais distancé nos éventuels poursuivants. Quand je m’arrêtai net devant l’immeuble de la station de stéréo, nous sautâmes à terre. Il n’était plus question de recourir aux méthodes indirectes employées par l’oncle Charlie. Nous nous engouffrâmes dans le premier ascenseur venu et appuyâmes sur le bouton correspondant à l’étage de Barnes. Je laissai la porte de la cabine ouverte en sortant. Dans le premier bureau où nous pénétrâmes, l’employée de la réception voulut nous arrêter. Nous passâmes outre. Toutes les dactylos levèrent la tête avec étonnement. J’allai droit à la porte du bureau de Barnes et voulus l’ouvrir, mais elle était fermée à clé. Je me tournai vers la secrétaire.
« Où est Barnes ? demandai-je.
— C’est de la part de qui ? » répliqua-t-elle avec l’amabilité d’une porte de prison.
Je regardai ses épaules : elle avait le dos rond. « Bon Dieu, me dis-je, cette fois, ça y est ! » Je me souvenais de l’avoir vue après avoir abattu Barnes.
Je m’approchai et relevai brusquement son chandail. J’avais raison. C’était couru. Pour la seconde fois de ma vie, je voyais un parasite.
Elle se débattait, griffait, voulait mordre. Je lui fis une prise de judo au cou, manquant de peu d’enfoncer la main dans la saloperie qu’elle portait sur le dos. Elle se laissa brusquement aller. Je lui enfonçai trois doigts joints au creux de l’estomac et la fis pivoter sur elle-même.