Je ne ressentais en moi que de la pitié. Au bout d’un moment il s’en alla. Mary et moi continuâmes à causer quelque temps encore. Nous cherchions des solutions, mais nous n’aboutissions à rien. Tout à coup elle me dit qu’elle avait sommeil et gagna le dortoir des femmes. Le Patron avait ordonné à tous ses agents de passer la nuit dans les locaux de la Section. Je me dirigeai vers le quartier des hommes où je me glissai dans un sac de couchage.
Ce fut la sirène d’alerte aérienne qui me réveilla. Je sautai sur mes vêtements. Les sirènes venaient de se taire quand la voix du Patron retentit dans les haut-parleurs du téléphone intérieur. « Appliquez les consignes antigaz et antiradiations. Fermez tout. Rassemblement immédiat dans la salle de conférences. »
En ma qualité d’agent de l’extérieur, je n’avais pas de consignes particulières à appliquer. Je gagnai donc les bureaux par le passage souterrain. Le Patron était déjà dans la grande salle de conférences. Il avait l’air dur et résolu. J’aurais bien voulu lui demander ce qui se passait, mais il y avait une douzaine d’employés, d’agents et de sténos près de nous. Au bout d’un moment, le Patron m’envoya demander la liste d’appel à la sentinelle qui montait la garde à la porte. Il fit l’appel lui-même et nous pûmes bientôt constater que tout le monde était rassemblé dans la salle, depuis la vieille Miss Haines, la secrétaire du Patron, jusqu’au garçon du bar. Tout le monde sauf la sentinelle de la porte et Jarvis. Il ne s’agissait pas de faire une erreur ! Heureusement nous pointons les entrées et les sorties du personnel avec plus de soin qu’une banque ne surveille ses mouvements de fonds.
Je fus de nouveau chargé d’aller appeler la sentinelle. Il fallut une confirmation personnelle du Patron pour que mon camarade acceptât de quitter son poste. Il tira le verrou de sûreté et me suivit enfin. En rejoignant les autres, je vis que Jarvis était déjà là. Le docteur Graves et un technicien du labo l’accompagnaient. Il était vêtu d’une robe de chambre et semblait avoir sa connaissance, bien qu’il parût un peu groggy.
Je commençais à entrevoir vaguement ce dont il s’agissait. Le Patron qui faisait face à son personnel gardait soigneusement ses distances. Il tira son pistolet.
« Un des parasites qui cherchent à envahir notre planète est en liberté parmi nous, dit-il. Certains d’entre vous ne savent que trop ce que cela signifie. Aux autres je vais donner quelques explications supplémentaires ; notre sécurité à tous, celle de toute notre race, dépendent de votre coopération totale et de votre obéissance absolue. »
Il poursuivit en expliquant brièvement, mais avec une pénible exactitude, ce qu’était un parasite et comment se présentait la situation.
« Bref, conclut-il, le parasite en question se trouve presque certainement dans cette pièce. L’un d’entre nous, bien qu’il ait gardé son apparence humaine, n’est plus qu’un automate qui agit suivant le bon plaisir de notre plus redoutable ennemi. »
Un murmure parcourut la salle. Les gens s’entre-regardaient. Quelques-uns s’écartèrent de leurs voisins. Quelques secondes plus tôt nous formions une équipe ; nous n’étions plus maintenant qu’une foule, où chacun se méfiait de tout le monde. Je me surpris en train de m’éloigner d’un garçon qui se trouvait à côté de moi et que je connaissais depuis des années : c’était Ronald, notre barman. Graves s’éclaircit la voix.
« Patron, commença-t-il, j’avais pourtant pris toutes les précautions raisonnables…