« C’est sérieux, dis-je. Ce ne peut être qu’elle ou vous… Aussi bien l’un que l’autre. Allez, à poil ! »
Le Patron capitula devant l’inévitable.
« Qu’on la déshabille », dit-il.
Il se mit à tripoter ses propres fermetures Éclair d’un air morose. Je dis à Mary de se faire aider par deux femmes et de retirer les vêtements de Miss Haines. Quand je me retournai, le pantalon du Patron flottait déjà à mi-mât. Miss Haines voulut fuir.
Le Patron se trouvait entre nous. Je ne pouvais pas bien viser et tous mes collègues étaient désarmés. Je ne crois pas, du reste, que ç’ait été une faute de tactique : le Patron n’avait pas confiance en eux. Ils pouvaient fort bien tirer. Et il voulait capturer sa larve vivante…
Elle avait franchi la porte et fuyait déjà dans le couloir avant que j’aie repris mes esprits. J’aurais pu la blesser au vol mais je me sentais comme inhibé. Intellectuellement parlant, je n’avais pas encore réussi à changer de vitesse. Pour moi, elle était toujours la mère Haines, la redoutable secrétaire du Patron, qui m’engueulait quand je faisais des fautes de grammaire dans mes rapports. Et puis je ne voulais pas risquer de tuer son parasite.
Elle disparut dans une petite pièce. Une fois encore j’hésitai, par la force de l’habitude, avant de l’y suivre : c’était le lavabo réservé aux dames.
Mais je n’hésitai pas longtemps. J’ouvris la porte et jetai un coup d’œil dans la pièce, prêt à tirer.
Quelque chose vint me frapper derrière l’oreille droite.
Je ne peux pas décrire avec exactitude ce qui s’est passé dans les instants qui ont suivi. J’ai commencé par rester un petit bout de temps dans les pommes. Je me souviens d’une lutte, de cris confus. « Attention ! », « Nom de Dieu, elle m’a mordu ! », « Attention à tes mains ! ». Puis quelqu’un dit très calmement. « Par les mains et par les pieds… Attention. » « Et lui ? » dit une autre voix. « Plus tard, lui répondit-on. Il n’a rien de grave. »