« Du calme, dit doucement le Patron. Tu t’y feras. Cesse un moment de le regarder. Ça t’aidera. »

Je fis ce qu’il me disait. Il avait raison. Je pris deux larges respirations et parvins à ralentir les battements de mon cœur. Je m’obligeai à regarder fixement.

Ce n’est pas l’aspect physique d’un parasite qui suscite une telle horreur chez celui qui le voit. Cette horreur ne provient pas seulement de la connaissance que l’on a de leurs pouvoirs, puisque je l’avais éprouvée dès la première fois où j’en avais vu un, et avant même de savoir ce que c’était. Je tâchai de l’expliquer au Patron. Il hocha la tête sans quitter le parasite des yeux. « Tout le monde a la même impression, dit-il. C’est une terreur irraisonnée : comme celle de l’oiseau en face du serpent. C’est probablement là leur arme essentielle. »

Il détourna les yeux comme si une trop forte dose de ce spectacle lui était insupportable, malgré ses nerfs à toute épreuve.

Je restai là, essayant de m’accoutumer à ce que je voyais. Je remâchais mon déjeuner qui ne voulait pas rester dans mon estomac, et me répétais qu’il ne pouvait plus rien me faire. Je détournai les yeux de nouveau et vis que le Patron me regardait.

« Alors ? dit-il. Tu t’endurcis ? »

Je regardai de nouveau.

« Un peu, murmurai-je. Tout ce que je voudrais, c’est le tuer, ajoutai-je sauvagement. Je voudrais les tuer tous… passer ma vie à en tuer…»

Je me remis à trembler.

Le Patron m’observait.