« Tiens », me dit-il en me tendant son pistolet.
Son geste me surprit. J’étais sans arme, puisque je sortais du lit. Je pris le pistolet, mais regardai le Patron d’un air interrogateur.
« Pour quoi faire ? dis-je.
— Tu dis que tu veux le tuer. Si tu y tiens absolument, vas-y, tue-le tout de suite.
— Hein ? Mais… je croyais que vous disiez que vous en aviez besoin pour l’étudier…
— Exact. Mais si tu as l’impression qu’il faut absolument que tu le tues, vas-y. Celui-là te revient de droit. Si le tuer te permet de redevenir vraiment un homme, vas-y. »
Redevenir vraiment un homme… Je retournai cette pensée dans ma tête. Le Patron savait quel remède pouvait me guérir. Je ne tremblais plus. Le pistolet était bien calé dans ma main, prêt à cracher la mort. Mon « maître » était à ma merci…
Si je tuais celui-là, je serais un homme libre ; en revanche je ne pourrais jamais l’être tant qu’il vivrait. Je voulais les tuer tous, les traquer, les détruire… mais celui-là, par-dessus tout…
Il avait été mon maître… Tant que je ne l’aurais pas tué, il le resterait. J’avais la sombre certitude que si je me trouvais seul avec lui, je ne pourrais rien faire, que je resterais paralysé par la frayeur tandis qu’il ramperait sur moi, se réinstallerait entre mes omoplates, trouverait mon épine dorsale et prendrait possession de mon cerveau, de mon âme même…
Mais je pouvais le tuer.