J’étais profondément écœuré et je le lui laissai voir.

« Vous n’avez pas le droit de prendre un cobaye humain pour cette expérience-là, qu’il soit volontaire ou pas. Si vous en avez trouvé un, vous n’en aurez jamais d’autre ; il ne peut pas y avoir deux individus cinglés à ce point-là.

— Ça se peut, reconnut-il. Mais je ne tiens toujours pas à utiliser celui que j’ai. Cet entretien a une importance primordiale, mon petit. Nous nous battons contre un adversaire sur lequel nous manquons totalement de renseignements. Nous ne le connaissons même pas. Nous ne pouvons pas négocier, nous ne savons ni d’où il vient ni quels sont ses mobiles. Or il faut que nous découvrions tout cela ; notre existence en dépend. La seule façon que nous ayons de parler à ces créatures, c’est de prendre un homme comme intermédiaire. C’est ce que nous ferons. Mais je cherche encore le volontaire idéal.

— Ne vous adressez pas à moi !

— C’est pourtant ce que je compte faire. »

Ma réponse avait été une plaisanterie. La sienne me pétrifia.

« Vous êtes fou ! parvins-je à balbutier. J’aurais dû le tuer quand j’avais votre pistolet en main. Si j’avais connu vos intentions, je l’aurais fait. Mais quant à être volontaire pour vous laisser me mettre cette chose sur… Non, merci ! Je suis déjà passé par là.

— Je ne peux pas prendre n’importe qui, continua-t-il patiemment comme s’il ne m’avait pas entendu. Il me faut un homme capable de tenir le coup… Jarvis n’était ni assez équilibré, ni assez costaud. Toi, nous savons que tu l’es.

— Moi ? Tout ce que vous savez c’est que j’en ai réchappé une fois. Je… je ne pourrais pas supporter une deuxième expérience.

— En tout cas, répliqua-t-il avec le plus grand calme, tu as moins de chances qu’un autre d’y rester. Tu as déjà subi l’épreuve du feu. Avec un autre sujet, je cours plus de risques de perdre un agent.