La premiere est l’ame :
La seconde est l’engin :
La troysiesme : ses bonnes meurs :
La quatriesme, sa force :
La cinquiesme sa clarté :
Et la sixiesme, sa voix,
Et par ainsi que l’amant pour l’amour qu’il porte a sa dame de tel peril est quicte : Telle amitié blasmer ne se doibt. Et de ma part de si loyalle amour, ayme la mienne, que si possible estoit par mariage nous lier, tresaffectueusement je desireroye, comme celluy qui a perpetuité avec elle veulx demeurer. Apres ces parolles, le bon religieux a son parler donna commencement, & dist ainsi.
O mon filz par tes parolles apertement je congnoys que tu es totallement disposé de toute extremité soubstenir plustost que de toy desister de l’amoureuse entreprinse. Parquoy congnoissant que de toutes les exhortations & parolles salutiferes que je te pourroye narrer, l’operation seroit vaine & inutile, je les passeray en silence, Et pource que compassion & pitié me prend de toy, bien veulx contempler ta phisonomie. En quoy speculant te donneray intelligence : a quelle fin viendront tes affaires : mais pour plus manifeste science en avoir, fault que tu m’exprimes : en quel jour & heure fut ta naissance : Et lors incontinent je luy diz. Et quand il eust mes parolles entendues, quelque espace demeura pensif : puis rompant silence, reprint le propos, & me dist ainsi.
O mon amy a l’heure de ta naissance, ton horoscome estoit Aquarius, le soleil, au signe du Lyon : Phœbé en l’escorpion, Saturne au Lyon : Juppiter, en Aquarius, Mars en L’escorpion, & Venus avecq Mercure, au signe de Gemini, Laquelle conjonction (selon l’influence des corps celestes) signifie que pour le moyen de cupidité venericque, tu souffriras extremes calamitez. Et combien que tu recouvres la dame que tu desire tu n’en jouyras paisiblement, mais pour te contraindre de la restituer s’en ensuyvra merveilleux tumulte, qui ne sera sans grande effusion de sang, dont je suis commeu a commiseration. Mais si tu vouloys encore y pourroys tu remedier, car combien que la constellation (en laquelle tu es nay) a cela te encline & dispose aulcunement, si ne seroys tu contrainct ne perforcé de ce faire, car chascun peult user de benefice de son liberal arbitre, mais certes l’affection vehemente que tu as totallement t’empesche de recepvoir bon conseil, Parquoy tu souffriras si extreme misere, que le mediter de tes maulx futurs, me cause une merveilleuse frayeur. Quand j’eux entendu telles parolles, je fuz reduict en une extreme perplexité, tellement que si la doulce eloquence de Quezinstra n’eust rendu peine de me consoler, la timeur (qui si vehementement m’exagitoit) estoit assez puissante, pour me destituer de vie. Mais apres que par ces melliflues parolles j’eux receu aulcun confort a l’instigation de ce sainct homme & de Quezinstra leurs tins compaignie a la domesticque table, ou estoient preparees viandes telles qu’il avoit accoustumé d’user, Lesquelles ung tressobre repas nous presterent, puis sans guere de dilation, nous allasmes reposer avec certaine deliberation de nostre brief departir.