—Non, pas tout, monsieur Steenvliet, répondit le baron. Il y a certaines choses qui m'inquiètent depuis une couple de jours. Je suis venu pour causer de cela très sérieusement avec vous.

Mais d'abord, je dois vous annoncer que mon oncle, le marquis de la Chesnaie, m'a écrit qu'il part aujourd'hui de Monaco, et arrangera son voyage de manière à arriver jeudi prochain à Bruxelles. Vous pouvez donc vous attendre à notre visite pour la fin de la semaine prochaine.

—Peut-être le marquis préférerait-il que je vinsse lui parler à votre château?

—En ce cas, monsieur Steenvliet, je vous le ferais savoir.

—Et peut-on supposer, d'après les termes de sa lettre, qu'il est toujours favorablement disposé?

—Toujours favorablement. Ce n'est que pour la forme qu'il diffère son approbation définitive, jusqu'à ce qu'il ait obtenu par lui-même les renseignements nécessaires. Mais ces renseignements seront-ils bien de nature à le satisfaire complètement? Voilà la question que je me pose, et qui m'inquiète depuis deux jours.

—Et qu'est-ce qui pourrait bien y manquer, monsieur le baron? Vous lui avez fait connaître avec une entière sincérité la véritable situation des choses. N'est-il pas vrai que vous lui avez écrit tout ce qui pouvait exercer quelque influence sur sa décision?… Quoi? Vous secouez la tête?

—Ce que j'ignorais alors, je ne pouvais naturellement pas le lui mander. S'il l'apprend—et je crains fort qu'il ne l'apprenne—alors il est probable qu'il s'opposera au mariage de Clémence. Vous avez ma parole, monsieur Steenvliet, la mauvaise tournure de mes affaires, le généreux secours que vous m'avez prêté, me rendent votre obligé et m'engagent envers vous. Je n'hésiterais pas à conclure ce mariage, même sans le consentement de mon oncle; mais le marquis nous déshériterait et mes enfants y perdraient plus de deux millions. Je vous en prie, mon bon monsieur Steenvliet, ayez pour la seconde fois pitié d'un malheureux gentilhomme! Employez toute votre autorité paternelle pour faire cesser un scandale qui, du moins en présence des projets d'union qui existent entre nous, est déshonorant pour votre fils, pour ma pauvre Clémence, pour vous même et pour toute ma famille.

—Mais parlez donc clairement, monsieur le baron, murmura M.
Steenvliet épouvanté. Un scandale? Que voulez-vous dire?

—C'est difficile à dire, répondit le baron. Ce sont des choses que nous voyons, hélas, se passer trop souvent. Mais nous, qui sommes d'une autre époque, nous reculons devant une pareille publicité.