—Est-ce bien votre dernier mot, mon père?

—Mon tout dernier mot.

—Soit donc! Je sais ce qu'il me reste à faire.

En achevant ces paroles, Herman sortit du cabinet.

L'entrepreneur le suivit un instant des yeux d'un air pensif, puis il secoua la tête et se dit à lui-même en souriant:

—Pauvre garçon! La crainte de ne pas être aimé de mademoiselle Clémence le jette maintenant dans un doute pénible. Son cœur est trop sensible, trop tendre. Il tient cela de sa mère. Sans amour sa vie serait triste, en effet; mais il se trompe complètement. Dès le premier abord Clémence a montré une sympathie particulière pour lui. Je lui fournirai les moyens de satisfaire les moindres désirs de sa femme. Et si réellement elle n'éprouvait pas encore un véritable amour pour lui, cela viendra tout seul plus tard. L'argent est une baguette magique toute-puissante sur le cœur des hommes… Si l'on devait décider définitivement aujourd'hui de ce mariage, peut-être Herman n'y consentirait-il pas. Il est singulièrement mal disposé à cet égard; mais l'effet des paroles d'Alfred ne tardera pas à se dissiper. Nous avons tout le temps d'attendre. Ce qui m'inquiète plus que les lubies de mon fils, c'est l'hésitation et les atermoiements du marquis de la Chesnaie. Il ne consentira qu'après avoir ici même en personne examiné la situation de mes affaires. L'idée qu'une demoiselle d'Overburg épouserait le fils d'un ouvrier enrichi le blesse et l'humilie. S'il allait refuser? Je manquerais donc le but de tous mes efforts?… Mais je crois vraiment que la folie de mon fils me rend à mon tour hésitant! Est-ce que je ne les domine pas tous par l'argent? Seraient-ils capables de préférer le déshonneur et la déchéance? Non, non, j'ai tort de m'inquiéter, l'affaire suivra son cours comme je l'ai résolu…

Un valet ouvrit la porte et annonça à son maître que M. le baron d'Overburg était venu pour lui parler, et qu'il l'attendait au salon.

—Ah! le père de Clémence maintenant, grommela l'entrepreneur en ôtant sa robe de chambre. Pourvu que celui-ci ne vienne pas à son tour avec des hésitations et des faux-fuyants. Je finirais par perdre patience. Bah! peut-être m'apporte-t-il, au contraire, de bonnes nouvelles; car lui, du moins, est un homme sensé et il sait ce qu'il fait, ou du moins ce qu'il peut faire. Voyons, nous allons bien savoir.

En entrant dans le salon, il alla à la rencontre de son noble visiteur avec un sourire aimable, lui serra la main et lui dit:

—Bonjour, monsieur le baron. Voilà une agréable surprise, à laquelle je ne m'attendais pas aujourd'hui. Vous deviez être en ville pour vos affaires; et vous n'avez pas voulu retourner à votre château sans m'honorer d'une visite. Je vous remercie du fond du cœur pour cette bonne idée. Veuillez vous asseoir, monsieur le baron… Mais je ne sais pas ce que je vois à l'air de votre visage. Auriez-vous du chagrin? Tout ne marche-t-il pas au gré de vos désirs?