Herman fit quelques pas en arrière, comme pour s'en aller.

—Restez! commanda M. Steenvliet. Je devrais me fâcher, mais je suis trop fermement convaincu que votre nouvelle lubie ne tiendra pas. Ah! si ce que vous venez de dire était bien mûrement réfléchi et délibéré, si, par hasard, vous persistiez dans votre refus, je me vengerais impitoyablement de votre désobéissance et de votre opiniâtreté. Je puis vivre assez longtemps encore pour dissiper toute ma fortune, et pour m'en aller de ce monde aussi pauvre que j'y suis venu. Alors vous n'auriez rien.

—Agissez en cela comme vous le trouverez bon, mon père, répondit le jeune homme avec le plus grand calme. Je suis assez grand pour gagner ma vie en travaillant.

—Vous allez peut-être devenir peintre? ricana le père.

—Peintre ou autre chose. Votre exemple m'a appris ce que l'on peut avec de la volonté et de la persévérance.

—Allons, Herman, vous perdez la tête. Les millions que j'ai gagnés pour vous ne serviraient donc à rien?

—Ils serviront du moins, mon père, à me faire apprécier l'humilité et à me rendre malheureux pour toute ma vie.

—Ah! c'est ainsi: Monsieur va demander son gagne-pain au travail de ses mains, et dès qu'il gagnera un peu d'argent, il épousera l'une ou l'autre petite paysanne; qui sait? peut-être même la fille de quelque artisan.

—Une femme de cette condition ne reprochera pas, du moins, à mon père d'avoir été maçon, grommela le jeune homme d'un ton acerbe. Ce serait un mariage avec un amour partagé et un respect réciproque.

—Vous radotez. Voyez-vous le fils unique du millionnaire Steenvliet demeurer dans une hutte et souffrir de la faim? Allez vous mettre au lit, Herman, reposez-vous un peu et laissez vos esprits se calmer; car, vraiment, vous êtes à moitié fou. Demain ce sera passé. En tout cas, n'espérez pas que dans cette affaire importante je prête les mains à vos caprices et à vos lubies. Clémence d'Overburg sera votre femme; c'est décidé, et cela reste décidé.