Alors seulement, et loin des yeux du monde, il se livra au chagrin et à l'inquiétude qui lui serraient le cœur. Il resta longtemps immobile, la tête basse, les yeux fixes, perdu dans la contemplation de visions effrayantes. Peut-être craignait-il de perdre son fils pour toujours.
Sans qu'il s'en aperçût, des larmes coulaient lentement sur ses joues.
Quand la voiture s'arrêta devant sa porte et qu'il vit qu'il était chez lui, alors seulement il s'éveilla de son pénible rêve, et essuya d'un mouvement nerveux ses yeux noyés de pleurs.
Il ouvrit la portière, sauta à terre, paya le cocher sans prononcer une syllabe, rentra chez lui, et hâta le pas pour aller s'enfermer dans son cabinet. Mais Jacques, le vieux domestique, vint à sa rencontre tenant à la main un papier plié.
—Monsieur, lui dit-il, voici un télégramme pour vous.
—Un télégramme? Donnez, donnez vite, s'écria l'entrepreneur. C'est peut-être de lui.
Il ouvrit la dépêche et lut:
«Mon père, je pars pour un pays étranger. Ne soyez pas inquiet de moi. Dès que j'aurai trouvé un séjour fixe, je vous écrirai. Quoi qu'il m'arrive, je vous aimerai toujours, et je vous serai éternellement reconnaissant.
—Hypocrite! grommela le père blessé, en froissant le télégramme avec colère.
—Monsieur, s'il vous plaît, m'est-il permis de vous demander si ce télégramme vient de M. Herman? demanda le vieux domestique.