Il secoua la tête comme pour chasser des idées importunes et grommela d'un ton mécontent:

—Ah çà! est-ce que je deviens aussi bête que mon fils? Vais-je me laisser attendrir follement par des choses qu'on trouve dans toutes les maisons de paysan? Il ne manquerait plus que cela! Allons, allons, pas de folie; arrachons un fils dénaturé aux griffes de cette enchanteresse!

La porte était grande ouverte; il entra, mais ne rencontra personne.

Au lieu d'appeler, il fit l'inspection de la chambre, probablement dans l'espoir d'y découvrir quelque chose qui trahît la présence de son fils.

—Rien, absolument rien! grommela-t-il. S'il est vrai, ainsi que l'affirment les gens du village, qu'il lui donne beaucoup d'argent, elle ne l'a certainement pas employé à acheter de beaux meubles. Tout ici indique la gêne et la pauvreté… Mais comme tout est propre, pourtant, et reluisant! Ce sable blanc sur les carreaux, cette draperie de cheminée finement plissée, ce crucifix avec sa branche de buis bénit entre ces deux perroquets de plâtre peints en vert… C'est comme dans la maison de ma mère. Je la vois encore; j'étais un petit garçon alors; elle me joint les mains et m'apprend à bégayer «Notre père qui êtes aux cieux…» Mais est-ce que je perds la tête? Qu'est-ce qui m'arrive donc? Me voilà tout prêt à pleurer. J'oublie que j'ai une tâche sérieuse à remplir ici… Personne? Mon fils doit être ici cependant. Il est peut-être au jardin avec elle.

Poussé par cette idée, il marcha vers la porte de derrière qui était également ouverte. Il se disposait à appeler, lorsqu'il aperçut au bout du jardin une jeune fille agenouillée et profondément courbée vers la terre, en train d'arracher les mauvaises herbes d'une couche de jeunes carottes.

C'était donc là l'ennemie de son bonheur, l'obstacle à l'élévation de son fils dans le monde. Il ne pouvait pas se tromper, car on lui avait dit dans le village qu'il n'y avait qu'une seule fille dans la maison.

Pendant un instant ses yeux restèrent fixés avec amertume sur la jeune fille occupée à sarcler; un sourire de mépris plissa même ses lèvres lorsqu'il contempla ses vêtements; son corsage brun, sa jupe verte et son mouchoir de cou en coton à fleurs, pauvres et usés, quoique portés avec une certaine élégance?

Un mouvement qu'elle fit permit en cet instant à M. Steenvliet de voir les traits de son visage. Il frémit de crainte pour son fils. Ah! il comprenait maintenant comment un jeune homme inexpérimenté avait pu se laisser charmer et séduire par une fille qui, sous le masque d'un frais et ravissant visage, cachait sa fausseté et sa cupidité. Maintenant elle paraissait travailler d'arrache-pied sans penser à rien; mais probablement ils l'avaient vu venir; Herman s'était caché quelque part, et la jeune fille rusée faisait semblant de ne rien savoir.

—Holà! Y a-t-il quelqu'un au logis? cria-t-il!