—Avez-vous donc demeuré précédemment à Ruysbroeck?

—Oui, Monsieur, juste en face de votre maison.

—Victor Wouters vit-il encore?

—Non, Dieu l'a rappelé à lui. Ma mère est veuve depuis longtemps, mais son vieux père demeure avec nous.

—Et vous êtes fille de Victor Wouters? Il me semble qu'il me souvient d'une petite fille…

—Mais, Monsieur, j'ai été si souvent assise sur un de vos genoux, tandis que Herman enfourchait l'autre. Vous nous faisiez aller à dada ensemble. Ne vous en souvenez-vous plus? La petite Caroline Wouters avec sa tête blonde bouclée? L'enfant gâtée de la mère et de la grand'mère Steenvliet.

—Quoi! comment! Vous êtes la petite Caroline Wouters? s'écria l'entrepreneur, la jolie et aimable enfant qui charmait tout le monde par sa douceur?

Et, s'oubliant pendant un instant, il saisit les deux mains de la jeune fille et les serra dans les siennes, en la regardant avec une sorte de joyeux enthousiasme.

—Vous, Caroline, murmura-t-il, vous seriez une mauvaise femme, vous seriez devenue une créature sans cœur et sans honneur? Impossible! Je ne puis, je ne veux pas le croire. Venez, mon enfant, asseyez-vous aussi et continuez; donnez-moi la conviction que les gens du village vous ont calomniée, je vous en serai reconnaissant.

—Eh bien, reprit Lina, quelques jours plus tard M. Herman est revenu. Il nous avait dit lui-même qu'il craignait d'être conduit à sa perte par cette funeste habitude de boire tant de vin avec ses amis. Cela m'attristait profondément. Lorsque nous étions encore enfants, Herman m'a sauvé un jour la vie en me tirant du ruisseau le Malbeck où j'étais tombée, vous devez vous le rappeler, Monsieur, car vous n'aviez pas voulu le croire et vous l'aviez puni parce qu'il était rentré au logis tout couvert de boue.