Alfred seul répondit à ces conseils par un murmure de protestation. Malgré sa conduite légère, le jeune homme avait un caractère fier, et parmi toutes ses sœurs, il avait toujours aimé Clémence d'une amitié particulière, à cause de son bon cœur et de sa complaisance. Il savait combien elle était tourmentée et même malade par la seule idée que cette mésalliance allait la faire déchoir de sa noblesse. Il reconnaissait bien, à la vérité, que ce mariage, imposé par la fatalité, ne pouvait pas être évité; mais feindre la joie en ce moment où sa sœur allait être définitivement condamnée, il n'en avait pas la force.

Clémence, au contraire, assurait à sa mère qu'elle exécuterait ses promesses résolument et sans hésiter, et qu'elle ne laisserait pas supposer au marquis, ni par un mot, ni par un geste, qu'elle ne consentait que malgré elle à une alliance dont elle n'espérait aucun bonheur.

Mais ce que la pauvre jeune fille ne pouvait cependant pas cacher, c'était la pâleur de son visage et la fatigue de ses yeux battus. Il ne pouvait pas non plus échapper à l'attention de M. de la Chesnaie que, depuis son départ pour Monaco, Clémence avait sensiblement maigri. Mais en disant qu'elle avait eu la fièvre, et qu'elle n'en était débarrassée que depuis quelques jours, on éviterait toute explication ultérieure à ce sujet.

Quant aux jeunes sœurs de Clémence, celles-là étaient réellement joyeuses. Le mariage de leur aînée les sauvait d'un sort malheureux, et ouvrait devant elles un avenir sans nuages. Sans doute, elles eussent, pour elles-mêmes, repoussé un semblable mariage avec mépris; mais puisque Clémence se déclarait prête à l'accepter, et qu'il n'y avait pas d'autre moyen d'échapper à la déchéance, elles étaient disposées à faire tout ce qu'il fallait pour que le marquis envisageât ce mariage sous le jour le plus favorable.

Tandis que la baronne les confirmait dans ces bonnes résolutions, un domestique vint annoncer que M. le baron et M. le marquis arrivaient au bout de l'avenue.

Madame d'Overburg et ses enfants sortirent pour se rendre dans la cour d'honneur, au sommet du grand escalier du château.

Dès que la voiture eut franchi la grille de fer aux lances dorées, et qu'ils purent apercevoir le marquis, ils se mirent à agiter leurs mouchoirs et à le saluer de loin de leurs compliments de bienvenue.

—Que Clémence aille en avant, dit la baronne, elle est sa filleule, et elle doit l'embrasser la première.

Le marquis de la Chesnaie était un vieillard de plus de soixante-dix ans, très maigre, avec un front profondément ridé et des yeux très enfoncés sous l'orbite. Ses cheveux, blancs comme neige, et quelque chose de sévère dans son regard, lui donnaient un air imposant. Sa physionomie inspirait le respect.

En ce moment-là il ne devait pas être de bonne humeur, car il répondit par un sourire à peine perceptible aux bruyants souhaits de bienvenue de ses nièces.