—O Dieu, ne le punissez pas pour cette erreur de son bon cœur. Ne lui retirez pas votre protection.

Elle baissa la tête sur sa poitrine, et continua à prier en silence.

Pendant ce temps, M. Steenvliet, la tête pleine de pensers contradictoires, se dirigeait vers le village. Il admirait la générosité de cette naïve jeune fille qui, par reconnaissance, par simple esprit de sacrifice, s'était exposée volontairement à la calomnie, et avait accepté un martyre moral pour retirer son fils à lui du chemin du vice. Avec l'aide d'une si puissante alliée, il était impossible qu'il n'eût pas raison de la résistance de son fils, Herman deviendrait le mari de mademoiselle d'Overburg, et ainsi le but de sa vie serait atteint.

Ces idées consolantes caressaient encore son esprit lorsqu'il rencontra, à l'entrée du village, l'aubergiste de l'Aigle d'or qui lui demanda:

—Eh bien, Monsieur, ne vous ai-je pas dit la vérité? La perfide sorcière n'a-t-elle pas scandaleusement séduit votre fils?

—Au diable! laissez-moi tranquille, grogna M. Steenvliet d'un ton menaçant. Vous êtes un vil et infâme calomniateur; vous n'êtes pas même digne d'essuyer les souliers de Caroline Wouters. Si je ne méprisais pas les cancans de la foule, je vous citerais devant le tribunal et vous ferais expier par quelques mois de prison vos lâches calomnies.

XIII

Le baron d'Overburg était allé en voiture ouverte à la station du chemin de fer pour aller au-devant de son oncle le marquis qui l'avait averti de son arrivée par télégramme.

Pendant ce temps la baronne se tenait, avec tous ses enfants, dans un des salons du château, prête à recevoir le marquis.

Quoiqu'elle fût intérieurement inquiète et triste, elle feignait une grande liberté d'esprit, et essayait de faire comprendre à ses filles qu'il était de leur devoir de se montrer gaies, afin que M. de la Chesnaie ne doutât pas de leur vif désir de voir s'accomplir le mariage de Clémence avec Herman Steenvliet.