—Rien de plus simple. Je vais tirer les bottines du jeune monsieur et je le coucherai tout habillé sur mon lit où il pourra dormir tout son saoul.

—Mais vous alors, grand-père?

—Je resterai ici, près du poêle, et dormirai sur une chaise.

—Ça ne se peut pas, exposer votre santé!

—Aimerais-tu mieux rester toi-même ici, Lina?

—Moi? Oh! non, j'ai peur.

—Bah, bah. Quand Jacques le jardinier était si gravement malade, j'ai passé plus de dix nuits à veiller auprès de son lit. Cela m'a-t-il fait du mal? Ne discutons pas plus longtemps. Va chercher son chapeau, Lina, il est sous le noyer. Et vous, Anna, aidez-moi à porter cet endormi sur mon lit.

La jeune fille revint avec le chapeau et ne voyant plus personne elle fit quelques pas pour entrer dans la chambre à coucher de son grand-père; mais elle s'arrêta hésitante et recula comme si elle était retenue par une terreur secrète.

Sa mère sortit seule de la chambre et dit d'un air content:

—Il dort comme une pierre, le pauvre garçon. Grand-père est en train de le bien couvrir; car il ne fait pas trop chaud là-dedans. C'est dommage tout de même, n'est-ce pas, ma fille, que de pareils gens qui sont riches et qui peuvent jouir en paix de tout ce que leur cœur désire, s'abîment la santé par des excès et se rendent la vie amère.