—Oui, marquis, vous l'avez deviné, se hâta de répondre le baron. Vous comprenez? L'inquiétude, la crainte de vous voir peut-être vous déclarer contre son mariage; et sans votre consentement elle n'oserait jamais…
—Est-ce vrai, Clémence?
—Oui, mon bon parrain, c'est ainsi. La crainte que…
—Et cette crainte vous aurait fait maigrir?
—Elle a eu la fièvre, interrompit une des sœurs, mais depuis huit jours elle est tout à fait guérie.
Le marquis prit la main de la jeune fille.
—Clémence, dit-il, je ne dois pas vous cacher que votre projet de mariage avec un roturier a été pour moi une source de chagrin. Cela me fait vraiment de la peine de penser que vous, ma chère filleule, vous viviez dorénavant dans un monde inférieur… Mais, si vous croyez que votre bonheur dépend de cette union inégale, si vous courez le danger de devenir gravement malade, si l'on résiste au vœu de votre cœur, je ne serai pas assez cruel pour sacrifier votre santé et votre bonheur pour des motifs de convenances sociales. Venez, affirmez-moi que vous souhaitez ce mariage de toutes les forces de votre âme.
La jeune fille jeta sur lui un regard plaintif et languissant; elle hésitait; le mot fatal se refusait à sortir de ses lèvres.
—Répondez donc, Clémence, dit sa mère d'un ton pressant.
—Eh bien, mon enfant, dites-moi que vous désirez ardemment ce mariage, répéta le vieillard.