—Oui, oui, je le désire ardemment, balbutia-t-elle.

—Votre consentement la rendra si heureuse: ajouta le baron.

—Eh bien, soit, Clémence, reprit le marquis. Puisque vous le voulez, devenez donc la femme de… Mais, ô ciel! vous frémissez? vous devenez encore plus pâle? Qu'est-ce que cela signifie?

La jeune fille poussa un soupir étrange et se mit à trembler si visiblement sur ses jambes que sa mère accourut pour la soutenir, mais elle en profita pour murmurer à son oreille quelques paroles sévères, afin de lui faire comprendre que l'heure était solennelle et qu'elle devait tenir sa promesse.

La pauvre fille rassembla tout son courage, retourna auprès du marquis et lui dit:

—Ah! merci, mon bon parrain, c'est la joie qui m'émeut si profondément.

Mais le marquis ne se laissa pas tromper cette fois. La méfiance s'était glissée dans son esprit, et il commençait à douter si Clémence ne lui cachait pas le véritable état de son cœur sous la pression d'une violence secrète.

Cette pensée le blessa et l'effraya. Il se leva, regarda sévèrement le baron, et dit d'un ton qui n'admettait aucune réplique:

—Ce consentement que l'on attend de moi est, dans tous les cas, une chose de la plus haute importance; il pourrait devenir, à mon insu, une décision fatale. Puisque j'ai à remplir ici le rôle de juge, je veux être bien et complètement éclairé avant de rendre mon arrêt. Laissez-moi causer pendant quelques instants seul avec Clémence. Si dans cet entretien je trouve de quoi dissiper mes doutes, je donnerai mon consentement sans hésiter… Venez, Clémence, ne tremblez pas: votre bonheur est mon unique but. Suivez-moi, mon enfant.

Le baron et sa femme s'efforçaient de cacher l'inquiétude et la crainte que leur inspirait l'intention du marquis. Ils n'osaient pas faire d'objections et se bornaient à engager Clémence à la fermeté par leurs regards suppliants et par leurs gestes significatifs.