—Bonjour, monsieur le marquis, dit M. Steenvliet en s'inclinant profondément. J'attendais une invitation de votre part pour me rendre au château de M. le baron d'Overburg, mais puisque vous avez la bonté de m'honorer le premier d'une visite, c'est du plus profond de mon cœur que je vous souhaite la bienvenue. Permettez-moi de vous serrer la main.

Il prit en effet la main du gentilhomme qui la lui abandonna, mais qui ne répondit à son étreinte qu'avec une froideur marquée.

Un frémissement parcourut les membres de M. Steenvliet. Il se sentait humilié sans savoir au juste pourquoi; car il ne pouvait évidemment pas exiger que le marquis, qui ne le connaissait pas encore, le traitât comme un vieil ami dès sa première visite.

Cette réflexion lui fit dominer son dépit.

—Veuilles vous asseoir, monsieur de la Chesnaie, dit-il en lui présentant un fauteuil. Nous avons à causer d'une chose très importante pour nous; mais, comme je suis prêt à accepter toutes les conditions qu'il vous plaira de mettre à ce mariage, nous pourrons échanger tout de suite un consentement réciproque.

Le marquis secoua la tête d'un mouvement lent.

—Douteriez-vous? Croyez-vous avoir des motifs d'hésitation? murmura l'entrepreneur qui commençait à craindre un refus.

—Je vous en prie, monsieur Steenvliet, permettez-moi, avant de répondre à votre question, de faire un appel à la bonté de votre cœur et à vos sentiments paternels, dit le marquis. Lorsque mon neveu, le baron d'Overburg, fut frappé si cruellement et d'une manière si inattendue d'un revers de fortune, et qu'il ne put trouver d'aide nulle part pour sauver son honneur et sa position sociale, vous lui avez généreusement ouvert votre caisse, et à cette occasion vous lui avez demandé la main de Clémence, ma filleule, pour votre fils Herman. Sans aucun doute, vous pensiez assurer par là le bonheur des deux jeunes gens. Eh bien, Monsieur, vous vous êtes trompé dans votre généreuse intention, complètement trompé, je vous demande la permission de vous en convaincre, et je ne doute pas que votre amour pour votre fils ne vous décide à renoncer au mariage projeté.

—Mon fils a-t-il dit qu'il n'accepte qu'à contre-cœur la main de mademoiselle Clémence?

—Non, Monsieur, je suppose même qu'il souhaite ardemment devenir son fiancé; mais le trop confiant jeune homme ne prévoit pas, hélas, le triste sort qui l'attend, surtout s'il éprouve pour Clémence une affection sincère.