Mécontent et blessé par la prévision d'un refus catégorique, M.
Steenvliet répondit avec un dépit visible:
—Oui, je comprends parfaitement votre but, monsieur le marquis. Vous voudriez délier le baron de ses engagements envers moi, et ce que vous avez résolu de me dire ne sert qu'à enguirlander l'affront; mais je ne me laisserai pas égarer ainsi.
—Ah! Monsieur, que pensez-vous donc de moi?
—Je pense que vous êtes venu pour reprendre la parole solennelle du baron; mais cela ne réussira point. La promesse réciproque doit être tenue, sinon…
—Calmez-vous, mon bon monsieur Steenvliet, dit le marquis. Je vous prie, avant de suspecter ma loyauté, de vouloir bien écouter mes raisons. Après cela, vous jugerez si vous devez, oui ou non, ajouter foi à mes paroles.
—Soit, j'écoute.
—Vous avez un noble cœur, monsieur Steenvliet; je suis certain que vous ne consentiriez jamais sciemment et volontairement à condamner une innocente jeune fille à un chagrin éternel, au désespoir, et peut-être même à la mort.
—Vous parlez de mademoiselle Clémence?
—Oui; depuis longtemps elle a la fièvre, elle pleure jour et nuit, elle est pâle et amaigrie; elle se consume d'inquiétude et d'effroi.
—Quoi donc, monsieur la marquis, l'idée de devenir bientôt la femme de mon fils l'effrayerait et la rendrait malade?