—En effet, Monsieur.

—Non, monsieur le marquis, il n'en est pas ainsi; son père m'a encore assuré, il y a cinq ou six jours, que Clémence accepte avec joie la main de mon fils.

—Ah! mon neveu n'osait pas vous révéler la vérité. Son cœur paternel reculait bien devant le sacrifice de sa pauvre fille, mais il était dominé par les fatales nécessités de sa situation. Il craignait que vous ne lui retirassiez votre aide et qu'il ne retombât de nouveau dans l'abîme dont vous l'avez si généreusement tiré.

—Vraiment? Et maintenant il ne le craint plus?

—Je lui ai fait espérer que, pris de pitié pour la malheureuse
Clémence, vous lui rendriez sa parole.

L'entrepreneur, qui croyait réellement qu'on cherchait à le tromper, se leva avec impétuosité et grommela d'un ton amer:

—Eh bien, monsieur le marquis, vous avez eu tort, la chose est trop avancée maintenant: je ne renonce point à ce mariage. Quoi! vous vous imaginez qu'il me serait possible de laisser faire à mon fils ce sanglant outrage? Si nous ne sommes pas d'un sang illustre, nous ne sommes cependant pas, moins que vous tous, sensibles à l'humiliation.

—Je vous crois, monsieur Steenvliet, répondit le gentilhomme avec un calme imperturbable, mais je crois également que, comme père, vous ne reculeriez pas moins que nous devant un fait qui condamnerait votre enfant à une douleur éternelle.

—Prétextes que tout cela! s'écria l'entrepreneur. Mon fils rendra mademoiselle Clémence heureuse, et il sera heureux avec elle.

—Fatal aveuglement! soupira le marquis. La rendre heureuse, elle, qui ne pourrait voir en lui que la cause de son malheur et peut-être de sa fin prématurée!