L'entrepreneur bondit de nouveau de sa chaise; il avait peine à maîtriser sa colère, et il répondit vivement d'un ton presque brutal:

—Ah çà, marquis, permettez-moi de vous le dire: notre entretien ne peut pas continuer sur ce pied-là. Jouons cartes sur table: Vous voulez refuser votre consentement, mais vous paraissez oublier que le mariage de mademoiselle Clémence avec mon fils est une des conditions du prêt que j'ai fait à son père. Quelles sont vos intentions à cet égard?

—Je suis prêt à donner mes biens en garantie de la dette de mon neveu, et à vous assurer le paiement d'un bon intérêt.

—Cela n'est pas suffisant, monsieur le marquis.

—Fût-ce même six pour cent?

—Pensez-vous donc que je sois un usurier? Ce n'est pas ainsi que je comprends la chose. Si vous refusez réellement votre consentement au mariage de mon fils, je veux recevoir en une seule fois le remboursement intégral du capital prêté, qui est de deux cent cinquante mille francs.

—Ah! soyez plus accommodant, monsieur Steenvliet. Il m'est impossible, sans beaucoup de peine, et surtout sans grande perte, de rassembler une pareille somme en si peu de temps. Je voudrais vendre quelques fermes, de la main à la main et sans publicité. Accordez-moi, je vous en prie, le délai nécessaire pour attendre les circonstances favorables à cette réalisation. J'acquitterai la dette de mon neveu par des versements partiels, en trois ou quatre fois.

—On est impitoyable pour moi, répliqua l'entrepreneur. Pourquoi donc aurais-je des complaisances pour ceux qui me font un sanglant outrage dans mon honneur et dans mes sentiments paternels? Vous consentirez au mariage de Clémence avec mon fils, ou je poursuis immédiatement le remboursement de la dette de M. d'Overburg envers moi.

Le marquis avait courbé la tête et paraissait absorbé dans de pénibles réflexions.

Un nouveau rayon d'espoir descendit dans le cœur de l'entrepreneur. Il pensait pouvoir s'attendre à ce que le marquis finît par changer de résolution et par donner son consentement.