M. de la Chesnaie releva la tête comme s'il s'éveillait d'un songe.
Ses yeux étaient humides.
—Ce que vous exigez de moi est impossible, dit-il. Je vous en supplie, ayez pitié de la pauvre Clémence, ne la laissez pas mourir de chagrin.
—Mourir? répéta M. Steenvliet en ricanant à demi. Si la jeune demoiselle est malade, par hasard, si elle a la fièvre comme vous le dites, cela se passera bien, allez!
—Vous vous montrez sans pitié pour nous. Eh bien, soit! Mais êtes-vous donc aussi sans cœur pour votre fils, pour pouvoir le vouer en riant au sort le plus malheureux? s'écria le vieux gentilhomme d'un ton qui trahissait suffisamment toute la peine qu'il avait à contenir son indignation et son courroux.
—Mon fils? Ne vous inquiétez pas de lui, monsieur le marquis.
—Alors, ayez du moins pitié de vous-même.
—De moi-même! Est-ce une menace?
—Mais monsieur Steenvliet, ne sentez-vous pas que ce mariage, s'il était possible, vous condamnerait tous les deux à une existence insupportable? Vous croyez que cette alliance vous rehausserait aux yeux du monde? que votre sang deviendrait plus noble, parce que vous auriez acheté à prix d'argent la main d'une fille de noble maison? Détrompez-vous. Votre pauvre victime accuserait ses bourreaux jusqu'à son dernier soupir… et nous, membres de la vieille noblesse, nous vous haïrions et vous mépriserions.
—Nous mépriser, ô ciel!
—Oui, car vous ne seriez pour nous que la preuve éternelle de notre abaissement et de notre honte.