Elle se leva et dit d'une voix qui, quoique trahissant une émotion profonde, attestait néanmoins une ferme résolution:

—Monsieur Herman, vous m'avez ouvert votre cœur, lisez aussi dans le mien maintenant. Je suis si sensible à votre extrême sympathie pour moi que je voudrais vous baiser les mains en signe de reconnaissance. Vous me demandez si je voudrais devenir votre femme? Si j'étais une fille de votre condition et que votre père pût bénir notre union, alors, oui, je vous attendrais, fût-ce pendant vingt ans, et fallût-il sacrifier la moitié des jours qui me restent a vivre, pour mériter cette grâce du ciel, je le ferais avec bonheur…

—Lina, malheureuse enfant! s'écria la veuve effrayée.

—Ah! cela me suffit, s'écria Herman, ivre de joie.

—Non, vous vous trompez, cela ne suffit pas, répliqua Lina. Je ne séparerai pas le père du fils, et ne vous rendrai pas malheureux tous les deux.

—Mon père finira par consentir à notre mariage, Lina.

—N'espérez pas cela. Que serais-je pour lui? La cause de votre désobéissance, une ennemie qui lui aurait ravi l'amour de son unique enfant. Je ne pourrais pas vivre ainsi, Herman.

—C'était donc la vérité, l'affreuse vérité! s'écria le jeune homme d'un ton plaintif. Vous ne voulez pas faire pour moi le plus léger sacrifice? Lina, Lina, non, vous ne m'aimez pas!

—D'ailleurs, Dieu sait ce que je lui ai confessé si souvent depuis votre dernière visite.

—Eh bien, alors?