La vue de ses larmes brisa le courage des deux femmes; elles se mirent à pleurer aussi.

Lina continua cependant à l'exhorter à se soumettre à la volonté paternelle; elle parla de la vie laborieuse de M. Steenvliet, de sa bonté, de son amour pour son fils unique, de son chagrin. Troublée au dernier point par le mutisme obstiné du jeune homme, elle finit par s'agenouiller devant lui.

—Herman, mon cher Herman, s'écriait-elle en l'implorant à mains jointes, écoutez mes prières. Donnez-moi cette dernière preuve de votre généreuse amitié: Acceptez Clémence pour femme!

Le jeune homme se leva d'un bond, pâle comme un linge, avec un amer ricanement sur les lèvres.

—Vous! c'est vous qui me condamnez! exclama-t-il d'un ton de reproche. Eh bien, que mon sort cruel s'accomplisse. Je serai l'époux de Clémence, avec l'espoir que le poignard acéré que vous m'enfoncez dans le cœur me délivrera bientôt de ce fatal lien en m'ôtant la vie qui m'est à charge. Adieu, pour toujours, adieu!

Et sans faire attention aux cris des deux femmes, il courut vers la porte.

Mais à peine eut-il fait quelques pas, qu'il s'arrêta frappé de stupeur ou d'épouvante, en s'écriant:

—Grand Dieu! mon père!

Les deux femmes regardèrent également au dehors, pâles et blêmes d'inquiétude.

Deux hommes descendaient d'une voiture qui venait de s'arrêter devant la maisonnette: M. Steenvliet et Jean Wouters. L'entrepreneur entra le premier.