—Vous vous donnez beaucoup de peines, murmura-t-il, mais je n'ai pas le temps et veux m'en aller.
—Vous refusez le café que j'ai préparé pour vous avec tant de soin? Trop de peines! Croyez-vous donc, Monsieur, qu'il ne vous est pas offert de tout cœur? Vous êtes malade. Allons, je vous en prie, asseyez-vous.
Et, joignant l'action à la parole, elle le poussa vers la table et le força avec une douce violence de faire ce qu'elle voulait.
Il se laissa tomber sur la chaise en rechignant, prit la jatte d'une main tremblante, et but une gorgée de café chaud.
Il paraissait avoir hâte de partir. Les regards du vieillard et de la femme qui ne pouvaient pas se détacher de lui, le blessaient et le remplissaient de confusion. Aussi se leva-t-il immédiatement, mit la main à la poche et demanda:
—Qu'est-ce que je dois ici? N'ayez pas peur de demander trop… Vous ne répondez pas? Voilà vingt francs, est-ce assez?
Et posant une pièce d'or sur la table, il se dirigeait déjà vers la porte; mais le vieux charpentier le retint par le bras, le ramena à la table et murmura, d'un ton sévère:
—Restez, Monsieur; vous ne quitterez pas ma maison avant d'avoir remis cet argent dans votre poche. Nous ne tenons pas un cabaret. Ce que nous avons fait pour vous, nous l'avons fait par charité chrétienne et pas autrement.
Le jeune homme regarda ses hôtes avec une expression de surprise en même temps que d'incrédulité moqueuse, et dit en souriant:
—Allons donc, c'est impossible; vous ne parlez pas sérieusement. Vous êtes pauvres, et vous refusez de l'argent? Pour de l'argent, on vend son âme, et même celle des autres. Allez plutôt le demander à l'Aigle d'or, à l'aubergiste et à ses filles.