—Ramassez, Monsieur, ramassez! s'écria Jean Wouters, en colère. Oui, nous sommes pauvres; mais nous ne voulons pas d'argent que nous n'avons pas gagné par notre travail.
Lina, qui jusqu'à ce moment était restée dans le jardin ou dans l'écurie, entendit probablement les sons élevés de la voix de son grand-père. Elle entra dans la chambre avec un visage souriant.
—Monsieur ne me connaît-il pas? demanda-t-elle.
—C'est singulier, murmura-t-il en se frottant le front, il me semble que je vous connais, en effet. Mais où vous ai-je vue? Mes idées sont un peu troubles; il doit y avoir bien longtemps.
—En effet, il y a très longtemps, Monsieur. Ne vous en souvient-il pas? il y avait un enfant, un tout petit enfant, qui jouait avec vous lorsque vous demeuriez encore à Ruysbroeck avec vos parents.
—Un enfant, balbutia-t-il d'une voix presque imperceptible. Un petit enfant, avec des yeux bleus et une chevelure blonde toute bouclée?
—Comme vous dites, Monsieur.
—Ciel! Cet enfant? la petite Caroline Wouters! Vous?
—Moi-même, Monsieur.
—Ah! mon Dieu, et c'est vous, Caroline, qui avez aidé à me ramasser dans la boue?