Et, courbant la tête, il grogna tout bas:
—Damnation! Et la honte ne me fait pas entrer sous terre!
—Voyez-vous bien, mère, s'écria Lina, qu'il ne l'a pas encore oublié.
—Oublié! répéta-t-il avec une confusion douloureuse. Oublié! ces jours d'innocence, de paix et de pureté! C'est la seule lueur, la seule étincelle lumineuse qui brille parfois encore dans mon âme flétrie!
La jeune fille s'approcha de lui et lui dit avec une douceur insinuante:
—Ne soyez pas si contrarié, monsieur Steenvliet. C'est un accident qui peut arriver à tout le monde. Vous êtes un peu malade; mais ça se guérit très vite. Prenez courage. Ça ne vous arrivera plus.
—Ne plus m'arriver? grogna-t-il avec une sombre ironie. Je l'ai dit et espéré tant de fois moi-même. Maintenant il est trop tard. Je suis un être sans force et sans énergie. La vie m'est à charge. Ah! si je pouvais mourir.
Lina poussa un cri d'angoisse. Des larmes brillaient dans ses yeux. Le jeune homme la regarda un instant avec hésitation.
—Vous pleurez? dit-il avec étonnement. Vous avez pitié de moi?
Merci, Caroline; mais je ne le mérite pas.
—Ah! comment est-il possible? gémit la jeune fille. Lui, le bon, le généreux enfant! qui me tira un jour de la rivière au péril de sa vie et qui me sauva de la mort. Il serait devenu un mauvais sujet? un vaurien? un homme corrompu? Et je ne pleurerais pas sur un pareil malheur?