—Mon ami le baron d'Overburg vient me voir? L'avez-vous introduit dans le grand salon?

—Naturellement, Monsieur.

—Retournez auprès de lui, et présentez-lui mes excuses. Dites-lui que je le rejoindrai dans quelques instants.

Et, sans attendre que le domestique fut sorti, M. Steenvliet courut dans une pièce voisine, peigna sa chevelure et ses favoris, et se dépêcha de changer de vêtements.

Il n'avait même pas complètement achevé sa toilette lorsqu'il ouvrit la porte du salon le chapeau à main, pour saluer le visiteur. Il n'avait pas seulement changé de vêtements, il avait complètement changé de visage; sa figure exprimait ou simulait maintenant la plus joyeuse humeur.

Le baron d'Overburg était un de ces hommes qui portent, pour ainsi dire, sur le front, le sceau de la noblesse. Tout en lui était élégant et distingué, le visage, le corps et les vêtements. De toute sa personne, de son langage, de ses gestes s'exhalait comme un parfum aristocratique qui n'avait rien de voulu, et qui était évidemment naturel.

Par habitude de politesse, il souriait d'un air aimable, mais au fond de ce sourire, il y avait quelque chose de triste, de profondément douloureux.

Ces deux hommes qui s'abordaient ainsi s'efforçaient donc de dissimuler, pour les mêmes raisons,—au commencement du moins—le chagrin qu'ils portaient au fond du cœur.

Le baron s'inclina en silence en voyant entrer l'entrepreneur; celui-ci lui prit la main, la secoua amicalement, et s'écria:

—Quoi! monsieur le baron, vous me faites l'honneur de venir me rendre visite à l'improviste? C'est bien à vous! Asseyons-nous, nous boirons un verre de vin de liqueur à votre santé.