—Vous savez, Monsieur, c'est un Liégeois. Il a reçu une lettre qui lui annonce que sa vieille mère est mortellement malade et qu'elle désire le voir. Il a couru toute la matinée pour obtenir de vous l'autorisation d'aller à Liège.

—Sa mère est mortellement malade? répéta l'entrepreneur. Pauvre Doureet, cela est grave. Le remplacer immédiatement est difficile….. Dites-lui néanmoins qu'il parte, et qu'il reste à Liège aussi longtemps que sa mère aura besoin d'aide et de consolation. Allez dans les bureaux, et faites part de cette affaire au chef de bureau. Qu'il envoie au quartier Louise le conducteur Dalmans avec les instructions nécessaires… Et vous, Jacques, oubliez que je vous ai parlé un peu durement. Vous avez bien fait de venir m'avertir. Mon naturel est emporté, vous le savez; n'y faites pas attention. Retenez bien maintenant que je veux qu'on me laisse en paix; je n'y suis pour personne… Dites-moi, mon fils n'est-il pas encore rentré?

—Pas encore, Monsieur.

Le valet quitta le cabinet.

M. Steenvliet le suivit des yeux, puis il se remit à marcher de long en large, grommelant entre ses dents et faisant des gestes irrités, comme s'il menaçait quelqu'un qui lui aurait donné des sujets de colère.

A peine était-il seul depuis quelques minutes, qu'il se retourna vivement en entendant de nouveau frapper à la porte.

—Étourneau, avez-vous déjà oublié mes ordres? grogna-t-il en s'adressant au domestique qui avait ouvert la porte sans attendre de réponse. Filez sur-le-champ, je ne veux rien entendre.

Mais le valet ne parut pas prendre garde à la mauvaise humeur de son maître: il s'approcha sans crainte et dit:

—Monsieur ne désapprouvera pas ma hardiesse. M. le baron d'Overburg lui fait demander un moment d'entretien.

Cette annonce fit un effet surprenant sur M. Steenvliet. Son visage exprima, en même temps, le contentement et l'inquiétude. Il demanda avec une précipitation visible: