—Je ne puis pas vous donner ma parole décisive avant de connaître le sentiment de mon oncle. Je courrais le risque de vous tromper ou de le tromper; ma conscience me le défend.

—Je ne vous demande pas une décision. Je vous demande seulement votre parole de gentilhomme que vous ferez sincèrement tout votre possible pour épargner à mon fils un refus humiliant.

—Je vous la donne, monsieur Steenvliet.

—Eh bien, je veux lutter de bonne volonté avec vous, dit l'entrepreneur en lui serrant joyeusement la main. Dès demain, si vous voulez, vous pouvez disposer sur ma maison pour deux cent mille francs, soit en une fois, soit en plusieurs. Il suffira que vous fassiez des mandats à ordre sur ma caisse. La chose vous va-t-elle ainsi?

—Oh! généreux ami; s'écria le baron. Merci; mille fois merci! Vous êtes mon sauveur et celui de toute ma famille!

—Je pousserai même plus loin mon assistance, monsieur d'Overburg. Je me propose, un peu plus tard, de dégrever vos biens patrimoniaux de leurs hypothèques… Mais si, par malheur, on me faisait l'injure de repousser ou de rendre impossible les projets d'union convenus entre nous, alors, vous le comprenez bien, je serais libre de retirer mes promesses et mon aide.

—Ne craignez rien pour cela, répondit le baron. Une pareille alliance, j'en conviens, aurait peut-être rencontré autrefois d'insurmontables obstacles; mais aujourd'hui l'argent est devenu le levier tout-puissant qui abaisse les montagnes, qui comble les abîmes et qui, dans le monde moral, peut rendre possibles les choses qui ne l'étaient pas autrefois.

—En tout cas, baron, au besoin, rappelez à vos parents que je me mettrai au lieu et place de la banque et que je serai votre créancier au même titre et avec les mêmes droits que cet établissement.

—Si mon oncle consent je pourrai bien me passer de l'approbation de mes autres parents; et c'est pourquoi je pense qu'il serait très prudent de ne parler de ce projet de mariage qu'aux membres de nos deux familles et encore en leur recommandant strictement le secret. Sans cela des bruits prématurés pourraient encore nous susciter des difficultés. Par exemple si un de mes parents écrivait au marquis avant que celui-ci m'eût envoyé sa réponse. Mon oncle est un homme bizarre.

—Eh bien, gardons la chose secrète entre nous jusqu'à ce que vous ayez reçu sa lettre. Ce sera, en effet, le plus prudent.