—Oh! non, vous vous trompez, s'écria le baron effrayé. J'accepte… avec reconnaissance… avec joie… mais je ne puis pas, comme cela, prendre à l'instant une résolution définitive, sans savoir ce que pensent de cela ma femme et ma fille.

—Madame la baronne ne peut pas refuser, et si elle devait y voir un certain sacrifice, elle s'y résignerait pour le bonheur et pour l'honneur de son époux.

—En effet, soupira le baron.

—Et pour ce qui regarde mademoiselle Clémence, mon fils est un garçon bien tourné et elle paraissait le distinguer particulièrement. De son côté, vous ne rencontrerez pas d'opposition.

—Je crois également pouvoir l'espérer, mon bon monsieur Steenvliet; Clémence m'a parlé avec éloges de M. Herman et surtout de sa politesse et de sa délicate réserve; mais n'en fût-il pas ainsi, cela ne serait pas un obstacle insurmontable. C'est une autre difficulté qui m'empêche d'accepter immédiatement votre généreuse proposition.

—Une difficulté? Avez-vous peut-être pris déjà d'autres engagements pour votre fille?

—Non. Je vais vous expliquer. Vous êtes un homme raisonnable et vous le comprendrez. Au décès de mon oncle, le marquis de la Chesnaie, je dois entrer en possession de plus de deux millions. Il est le parrain de notre Clémence. Si j'allais, sans l'avoir consulté, disposer de la main de ma fille, il en serait tellement irrité qu'il me déshériterait. Vous ne pouvez donc pas exiger que je mette en péril la fortune future de mes enfants.

—Naturellement, je ne vous le conseille même pas. Écrivez-en à votre oncle. Mais qu'attendez-vous? S'il refusait d'approuver ce projet de mariage?

—Refuser, monsieur Steenvliet? Je le craindrais s'il pouvait être assez généreux pour me tirer de l'embarras où je suis; mais, comme je vous le disais, il est d'une avarice extrême et les dissipations de mes fils l'ont rendu inexorable sur ce point.

—Et vous concluez, monsieur le baron?