—Jusqu'à présent, dit-il, j'ai vainement cherché une femme possible pour Herman. Les offres n'ont certainement pas manqué; mais l'orgueil paternel me pousse, quand il s'agit de mon fils unique, à élever mes vues au-dessus des gens parmi lesquels nous avons vécu jusqu'à présent. Mon travail, mon esprit d'économie, un peu d'intelligence et beaucoup de bonheur m'ont fait gagner quelques millions. Je les ai gagnés honnêtement, personne n'a jamais dit une parole de blâme contre moi. Je me demande si, dans cette situation, je n'ai pas le droit d'espérer pour mon fils un meilleur lot et une place dans les hautes classes de la société.
—Certes, vous avez ce droit, affirma le baron. Vous n'avez qu'à regarder autour de vous, je ne doute pas qu'en cherchant bien vous ne trouviez la bru que vous souhaitez.
L'entrepreneur resta un moment pensif, puis il dit tout à coup:
—Je crois, monsieur le baron, que j'ai découvert le moyen de vous délivrer en une fois de toutes vos inquiétudes…
—Ah! ciel, puissiez-vous ne pas vous tromper! s'écria M. d'Overburg avec joie. Et cet heureux moyen?
—Lorsque vous m'avez fait l'honneur de m'inviter à visiter votre château, mademoiselle Clémence, votre fille, et mon fils ont eu deux ou trois fois l'occasion de passer quelques heures de compagnie. Il paraît que les jeunes gens ne se haïssent point. Je suis disposé à donner à mon fils un million de dot. De plus, sa femme deviendra maîtresse dans ma maison où elle disposera de tout selon son bon plaisir. Qu'est-ce que vous dites de cela?
Le baron le regarda avec stupeur comme s'il n'avait pas compris.
—Si vous consentez à ce mariage, reprit Steenvliet, je vous prête immédiatement deux cent cinquante mille francs sans autre garantie que votre signature.
Le baron parut hésiter ou réfléchir.
—Quoi? vous ne répondez rien? murmura l'entrepreneur d'un ton de mécontentement. Est-ce donc un refus?