—Elle m'a, en effet, parlé quelquefois de lui avec éloge; mais éprouve-t-elle pour lui une sympathie particulière, c'est ce que je ne saurais dire.

—Nous allons le savoir tout de suite, Laure. Allons, prenez courage, et cachez votre tristesse. Je vais faire venir Clémence.

Il sortit pour donner un ordre à un domestique, et revint auprès de sa femme.

Laure, dit-il, quel que soit le sentiment de notre fille, n'oubliez pas qu'il faut qu'elle consente; il le faut! Ainsi, point de faiblesse; au contraire, vous m'aiderez franchement et sans hésiter. En ne le faisant pas, vous m'affligeriez inutilement; s'il le faut, faites violence à votre compassion maternelle. Eh bien, que puis-je attendre de vous?

—Je vous aiderai de tout mon pouvoir; c'est mon devoir, je le sens bien, répondit la vieille dame d'un ton résolu.

—Merci, Laure, vous me faciliterez ma pénible tâche. Maintenant tâchez de faire bon visage et de ne pas avoir l'air triste. J'entends venir Clémence.

—Laissez-moi entamer l'affaire, dit madame d'Overburg. Vous y mettriez trop de précipitation, et pourriez l'effrayer.

La jeune fille ouvrit la porte de l'appartement. Elle n'était point particulièrement jolie de visage; mais sa taille svelte et bien prise, et l'élégante richesse de sa claire toilette du matin lui donnaient un extérieur des plus agréables.

Elle se jeta au cou du baron en s'écriant:

—Ah! vous souriez, mon cher père; vous êtes de bonne humeur; votre chagrin est passé! Mon frère Alfred pourra-t-il devenir le fiancé de la jeune comtesse van Eeckholt?