—C'est parce que M. Steenvliet m'a fait la proposition de permettre que notre Clémence épouse son fils Herman.

La baronne se leva et regarda son mari en face avec autant d'étonnement que si elle apprenait la chose du monde la plus incroyable.

—Permettre que notre Clémence épouse son fils? répéta-t-elle lentement. Mais cela est impossible.

—C'est regrettable à coup sûr, Laure, mais serait-ce la première fois qu'une famille noble, pour sauver son honneur ou son existence, se résigne à un pareil sacrifice?

—Une mésalliance? Notre Clémence, la femme du fils d'un bourgeois qui, à ce qu'on dit, a commencé sa fortune comme simple journalier! Mais à la seule nouvelle d'un pareil mariage votre oncle le marquis se mettra dans une furieuse colère, et nous déshéritera par vengeance.

—Ne vous inquiétez pas de cela, Laure; je vais d'abord lui demander son approbation, et je suis certain qu'il ne me la refusera pas si je puis lui annoncer que vous et Clémence avez donné votre consentement. Voyons, rasseyez-vous… Vous pleurez, Laure? Non, ne luttez pas inutilement contre une inexorable fatalité. Je comprends votre chagrin; mais il y a des circonstances dans la vie où de deux maux on est contraint de choisir le moindre. Vous êtes mère; décidez: la pauvreté, la honte pour nous et nos enfants; la chute définitive de notre race, ou bien le mariage de Clémence avec un fils de bourgeois qui lui apporte en dot un million,—je dis un million. Parlez, que choisissez-vous?

—Situation terrible! Mais, hélas! je le sens bien, il n'y a pas moyen de s'y soustraire, soupira la vieille dame d'un ton de profond découragement.

—Vous consentez, Laure?

—Ah! il le faut bien; nous ne pouvons faire autrement. Pauvre
Clémence!

—Pauvre Clémence, dites-vous, mais elle acceptera probablement avec joie la main d'Herman Steenvliet. Il ne lui est pas antipathique; le million que son père lui donne en dot plaidera aussi quelque peu en sa faveur… Que pensez-vous Laure, des dispositions de Clémence à l'égard de Herman Steenvliet?