—Il s'appelle Herman.
—Herman? Herman? Quel Herman? répéta la une fille toute surprise.
—Herman Steenvliet, mon enfant. N'est-ce pas un joli jeune homme distingué et digne d'être aimé?
Une expression de pitié dédaigneuse contracta le visage de la jeune fille, qui murmura:
—Oui, peut-être bien, ma mère… mais le pauvre garçon n'est même pas de sang noble.
Et elle ajouta en riant presque aux éclats;
—Ah! ah! moi la fiancée d'Herman Steenvliet! Alfred dit que son père a été maçon. Mère, mère, vous avez voulu vous amuser à mes dépens. Quoi: mon frère va épouser une comtesse, et moi je deviendrais la femme d'un fils d'ouvrier. Quelle mauvaise plaisanterie est-ce là?… Vous vous taisez, mon père? Vous paraissez contrarié? Je commence à avoir peur. Je vous en prie, rassurez-moi; dites-moi que les paroles de ma mère n'étaient sérieuses.
—Elles sont très sérieuses, au contraire, mon enfant, répondit le baron. Asseyez-vous là devant moi, Clémence. Je vais tâcher de vous faire comprendre que vous avez les meilleures raisons du monde d'accepter cette union avec une grande joie. Herman Steenvliet est un joli garçon, bien élevé et plein de cœur. De ce côté, vous n'avez certes pas à vous plaindre. Son père, qui est veuf et immensément riche, lui donne un million de dot et vous installe dans son hôtel en souveraine maîtresse. Vous jouirez donc, à partir du jour de votre mariage, de tout ce qui peut rendre une femme heureuse: une demeure princière, des équipages magnifiques, de nombreux serviteurs, des fêtes splendides où vous pourrez éclipser les plus riches par le luxe de vos toilettes et l'éclat de vos diamants.
—Mais tout cela ne lui donne pas une goutte de sang noble! interrompit pour la troisième fois la jeune fille.
Le baron, contrarié parce qu'il entrevoyait l'insuccès de ses efforts, secoua la tête et grommela avec impatience: