—Puisque les mérites personnels de votre futur époux, et la grande fortune qu'il vous apporte vous laissent indifférente, j'invoquerai d'autres raisons.

—C'est superflu, mon père: Je ne ressens pas la moindre sympathie pour ce M. Herman Steenvliet, et je n'ai aucune envie de vendre ma naissance pour de l'argent.

—Votre volonté n'est pas plus libre que la nôtre en cette affaire, Clémence. La fatalité le veut ainsi, et au besoin j'userais de mon autorité paternelle pour vous imposer ce mariage.

La jeune fille s'aperçut seulement alors au ton ferme de la voix de son père, que tout cela était sérieux. Elle prit peur, et se jeta en pleurant au cou de la baronne.

—Mère, mère, protégez votre enfant! gémit-elle.

—Vous avez tort, ma chère Clémence, dit la vieille dame en faisant violence à sa propre douleur. Cent autres à ta place béniraient le ciel d'une union si avantageuse.

—Mais vous me repoussez de la famille, vous me jetez dans les bras d'un fils d'ouvrier! s'écria la jeune fille. Je perds ma noblesse et mon mari n'en restera pas moins un roturier…

—Soyons calmes, Clémence, ordonna M. d'Overburg. Asseyez-vous, et comprimez vos larmes, je le veux!

Lorsque sa fille eut obéi, il reprit d'une voix sombre et impérieuse.

—Ah! vous vous montrez rebelle aux conseils et aux désirs de vos parents! Je me vois donc contraint de vous apprendre dans quelle situation le sort nous a placés? Eh bien, écoutez, je vais vous le dire. Pour faire honneur à notre position dans le monde, pour pourvoir aux frais du l'éducation de vos sœurs et des prodigalités de vos frères, à demi ruiné par des pertes antérieures, j'ai été obligé de grever nos biens d'hypothèques. En outre j'ai emprunté une somme considérable à la société La Prudence et je l'ai confiée à des amis afin de spéculer à la Bourse pour notre compte commun. Un serviteur infidèle a volé des millions à la banque La Prudence, et dans cette catastrophe nous avons perdu toute notre fortune. Nous ne possédons plus rien; il ne nous reste rien au monde qu'une dette que nous ne pouvons pas payer…