—Viens sur mon cœur, ma chère, ma noble enfant, dit la vieille dame en embrassant sa fille avec transport. Tu es l'ange gardien de la maison d'Overburg.

Le baron serra aussi sa fille dans ses bras avec une effusion pleine de reconnaissance. Après ces épanchements, il reprit:

—Clémence, une bonne œuvre ne doit pas rester inachevée. Puisque vous acceptez par dévouement filial le mariage qu'on vous propose, vous ne pouvez pas laisser supposer que cette alliance vous afflige ou que vous n'y consentez que sous la pression d'une inéluctable nécessité. Si l'on surprenait des larmes dans vos yeux…

—Je pleurerai dans la solitude, mon père, quand je serai sûre que personne ne peut me voir.

—Et la première fois que M. Steenvliet viendra nous rendre visite, accompagné de son fils? On ne se marie pas sans se rencontrer un certain nombre de fois au préalable. Vous pâlissez, Clémence? Comment accueillerez-vous votre futur?

—L'idée de la première visite m'effraie, en effet, mon père. J'essaierai de cacher ce qui se passe dans mon cœur; je me montrerai envers lui aussi jolie, aussi aimable que possible… Mais, ô ciel, s'il s'enhardissait à me parler de sympathie et d'amour.

—Ne craignez pas cela, dit le baron, il y a une raison qui s'y oppose. Je n'ai accepté moi-même ce projet de mariage que sous la condition bien expresse qu'il ne pourra être, de part ni d'autre, considéré comme décidé qu'après l'approbation de mon oncle, le marquis de la Chesnaie.

—Ah! mon sort dépend de mon parrain le marquis? s'écria la jeune fille dont le regard s'illumina d'un rayon d'espoir. Il refusera.

—Non, Clémence, il ne peut pas refuser. Je vais lui écrire. Il aura, comme nous, à choisir entre cette union et une chute irrémédiable. Pour pouvoir refuser, il devrait me prêter plus d'un quart de million. L'en croyez-vous capable?

—Hélas, non! Je suis condamnée! soupira la jeune fille en baissant la tête avec un profond découragement.