—Ne vous découragez pas ainsi, mon enfant, dit le baron. Vous vous accoutumerez petit à petit à l'idée de cette union. La possession de millions compense bien des choses. Puisez des forces dans la conviction que vous serez la bienfaitrice de toute votre famille. Je me retire dans mon appartement pour écrire au marquis. Votre consentement contribuera pour beaucoup à le…
—Ah! mon père, mon père, allez-vous déjà lui annoncer que je consens?…
—Que vous consentez avec joie, il le faut Clémence!
—Oh! je vous en prie, ne faites pas cela!
—Voudriez-vous déjà retirer votre parole? Choisissez-vous donc la misère et la honte pour nous tous?
—Non, non, écrivez que je consens, c'est la vérité.
—Eh bien! prenez courage; les choses iront mieux que vous ne croyez.
En attendant, pas un mot de cette affaire à personne, songez-y bien.
Je me charge d'apprendre à vos frères et sœurs ce qu'ils ont besoin
d'en savoir.
En achevant ces mots, il sortit du salon pour se rendre dans son cabinet. Là, il se dirigea lentement vers son bureau, mais il ne s'y assit pas, et resta debout, la tête baissée et le regard fixé à terre.
Une larme vint mouiller sa paupière; il se parlait à voix basse, et dans son triste monologue, le nom de sa chère fille et le mot de mésalliance revenaient souvent. Cependant, après qu'il fut resté absorbé pendant assez longtemps dans ses pénibles réflexions, il redressa tout à coup la tête en se disant à lui-même:
«Mais à quoi bon toutes ces douloureuses réflexions? Il faut que cela se passe. Hésiter serait une folie; allons, prenons courage!» Il s'assit devant son bureau et se mit à écrire. De temps en temps il s'interrompait pour peser ses mots et pour chercher des tournures de phrase propres à ménager les susceptibilités de son oncle, en même temps que pour réfléchir à ce qu'il devait lui confier et à ce dont il devait lui faire mystère. En effet, un refus du marquis ou une exhérédation prononcée par lui étaient un malheur irréparable qu'il devait éviter a tout prix.