Gais bergers, bergères jolies,
Sur l'herbe verte des prairies
Menez vos moutons bondissants;
Voici venir le doux printemps.
—Vous connaissez la chanson, Monsieur? demanda la femme.
—Si je la connais, mère Wouters? Je l'ai chantée des centaines de fois. Ma mère m'a bercé avec cette chanson-là.
Il se rapprocha de la porte et se mit sur le seuil. De là il vit de loin Lina qui arrivait par le chemin de terre.
La jeune fille, pour aller à Hal, avait mis ses habits des dimanches. Le costume original des paysannes brabançonnes lui seyait à merveille, surtout le madras aux couleurs tendres épinglé sur sa tête, et qui retombait sur ses épaules en encadrant ses joues fraîches.
Quoique, jusqu'à ce moment, la seule cause des dispositions joyeuses du jeune homme eût été le souvenir de son heureuse enfance que lui rappelaient les lieux où il se trouvait, il ne put pas s'empêcher de reconnaître pourtant que l'innocente compagne de ses jeux d'autrefois était devenue une jolie et charmante jeune fille. Cela lui fit véritablement plaisir pour elle.
—Bonjour, monsieur Steenvliet, dit Lina on entrant dans la maison. Que je suis contente de vous voir! J'étais si curieuse de savoir si vous n'étiez pas devenu sérieusement malade après la triste nuit de la semaine dernière; mais, Dieu soit loué, ma crainte n'était pas fondée.
—Je vous remercie, ma bonne Lina, répondit-il: je ne mérite pas un si vif intérêt.
Tout en parlant, la jeune fille avait ôté le mouchoir qui lui couvrait la tête, et l'avait déposé sur un buffet. Elle s'approcha de la table en disant:
—Je suis un peu fatiguée d'avoir marché vite. Si monsieur Steenvliet daignait prendre une chaise, je pourrais m'asseoir également.