—Pas précisément mauvaises, Herman, mais elles ne sont pas comme je les aurais souhaitées, Asseyez-vous là, je vais vous expliquer la chose. Le marquis écrit que le projet d'une pareille mésalliance,—il dit «mésalliance»! l'afflige au plus haut point; mais que comme Clémence pense que ce mariage la rendra heureuse, et que, d'autre part, il en reconnaît lui-même la nécessité, il est prêt à y donner son consentement dès qu'il se sera personnellement convaincu que tout ce que son neveu le baron lui a écrit à ce sujet n'est ni mal fondé ni exagéré. A cet effet il viendra lui-même à Bruxelles… dans trois semaines! Car bien que sa santé soit beaucoup meilleure maintenant, le médecin de Monaco le menace d'une inévitable rechute, si pendant près d'un mois encore il ne continue pas à prendre des bains chauds d'eau de mer. Le marquis défend strictement à son neveu, et sur un ton d'autorité qu'il suppose irrésistible, de faire ou de décider rien concernant ce mariage avant qu'il soit venu en personne donner son consentement. Ainsi, encore un mois de délai assurément. Comment trouvez-vous cela, Herman?

—Eh bien, pour vous dire la vérité, mon père, répondit le jeune homme, je trouve cela une circonstance heureuse.

—Comment, une circonstance heureuse?

—C'est naturel, mon père; on ne passe pas sans hésitation de la vie libre de jeune homme dans la chaîne indissoluble du mariage. Ce mois de répit me permettra de m'habituer à l'idée de mon nouvel état.

—Vous n'espérez ou vous ne désirez pas cependant que votre mariage échoue?

—Oh! non, pas cela, mon père.

—Du reste, cela y ferait peu de chose. Je me suis mis fermement dans la tête que vous deviendrez l'époux de mademoiselle Clémence… Et cela se passera comme ça, malgré le monde entier. J'ai votre parole, et quant aux autres, je les tiens tous dans ma main grâce à mon argent.

—Ne vous fâchez pas, mon père; puisque le marquis écrit qu'il consentira…

—Oui, mais cette méfiance et ces délais m'humilient et m'énervent. M. de la Chesnaie veut probablement prendre d'abord des informations pour s'assurer que ma fortune n'est pas une illusion. Eh bien soit, qu'il vienne!… Ah! oui, j'oublie de vous parler du dîner qui a lieu au château après-demain. Pour obéir au vœu, ou plutôt à l'ordre du marquis, nous sommes convenus qu'à cette fête il ne sera pas encore fait allusion au mariage projeté. Vous y verrez votre fiancée et vous ferez plus ample connaissance en causant avec elle; mais vous devez également éviter tous les deux de parler de mariage. Aurez-vous bien assez d'empire sur vous-mêmes?…

—Oh! rien de plus facile, mon père.