Cela le blessa profondément et fit descendre comme un sombre nuage sur son esprit; mais ce qui l'attristait plus encore, c'était de voir que son père s'était laissé entraîner par M. Van Dievoort à prendre part à la discussion sur la noblesse de naissance et les mérites personnels. Il entendait même son père déclarer hautement qu'il était fier d'avoir été un ouvrier; et il remarqua en même temps que le comte Van Elsdorp, le marquis de Hooghe et la douairière Van Langenhove, mécontents et dépités, rapprochaient leurs trois vénérables têtes comme pour comploter quelque chose.
Le comte sortit du salon presque à la dérobée, et rentra de même un instant après.
Quelques minutes plus tard un valet ouvrit la porte et annonça:
—Les voitures de M. le comte, de M. le marquis et de madame la douairière sont avancées.
Le baron d'Overburg pâlit. C'était une conspiration pour lui faire sentir qu'il avait eu tort de réunir ses parents avec des gens de basse extraction et de mauvais esprit. Néanmoins, par politesse, il s'efforça de retenir le comte et le marquis, et eux, par convenance, exprimèrent le sincère regret qu'ils éprouvaient de devoir le quitter si tôt; mais la pluie, l'obscurité, l'orage qui menaçait et le mauvais état des chemins, les forçaient de prendre congé plus vite qu'ils n'auraient voulu.
Et en effet, après avoir serré la main à tout le monde, excepté au sire Van Dievoort, à M. Steenvliet et à son fils, qu'ils se bornèrent à saluer d'un simple mouvement de tête, ils sortirent du salon… Quelques minutes après un bruit de roues roulant sur le pavé annonça que les voitures s'éloignaient du château.
Le baron d'Overburg prit M. Steenvliet à part pour le convaincre que les paroles imprudentes de M. Van Dievoort était la seule cause du brusque départ de ses orgueilleux parents. Il n'eut pas beaucoup de peine à persuader l'entrepreneur, car celui-ci se sentait si heureux et si fier de sa belle soirée, passée au milieu de convives d'une naissance illustre, qu'il eût supporté de bien plus graves offenses sans pouvoir ou sans vouloir les remarquer.
Pendant ce temps Herman, à la clairvoyance duquel rien n'échappait, se tenait dans un coin, réfléchissant à tout ce qui venait de se passer. Il souriait lorsque quelqu'un lui adressait la parole; il causa même un court instant; mais il avait la honte et l'amertume au fond du cœur.
En ce moment le valet cria de nouveau:
—La voiture de M. le baron de Moersbeke est attelée.