Pendant que chacun s'approchait de ce gentilhomme pour lui souhaiter un bon retour et lui manifester le regret de le voir partir de si bonne heure, Herman rejoignit son père et lui dit tout bas:

—Il est temps que nous partions d'ici, mon père; tout le monde s'en va; nous ne pouvons pas rester les derniers, cela ne serait ni poli, ni digne. Je vous en prie, permettez-moi de faire atteler notre voiture.

L'entrepreneur fit d'abord quelques objections, mais il se laissa bientôt persuader, et donna à son fils l'autorisation demandée.

—Vous aussi, mon bon monsieur Steenvliet, vous voulez déjà nous quitter? lui dit le baron d'Overburg. Cela me fait beaucoup de peine, croyez-le bien. Mais vous avez peut-être raison. Des éclairs commencent à briller à l'horizon; il y a un nouvel orage dans l'air. Mais il est encore bien loin, et vous pourrez être chez vous avant qu'il éclate.

M. Steenvliet et son fils prirent congé, Clémence tendit la main à son futur, et lui souhaita le bonsoir d'un air fort aimable. Peut-être était-ce seulement la joie de le voir partir qui illumina pour la première fois son visage d'un sourire qui n'avait rien de contraint.

Lorsque Herman eut pris place à côté de son père dans la voiture, et qu'ils se furent éloignés du château de quelques centaines de mètres, M. Steenvliet se mit à exalter le bonheur qui attendait son fils lorsqu'il serait membre d'une si noble famille. Herman balbutia une timide dénégation.

—Quoi, vous ne serez pas heureux? s'écria l'entrepreneur étonné.

—Je ne le crois pas, mon père, répondit le jeune homme.

—Pas encore content d'une pareille femme? Vous voudriez peut-être épouser une reine!

—Non, je voudrais vivre au milieu de gens qui ne nous regarderaient pas de si haut.