—Allons, allons, tout ça c'est des enfantillages, mon fils. Mademoiselle Clémence n'est-elle pas une fille charmante, aimable et spirituelle?
—Ce n'est pas de Clémence que je veux parler mon père.
—De qui, alors?
—De ses parents, qui ont assez montré qu'ils nous considèrent comme des intrus, comme des ouvriers parvenus, dont le contact les blesse et les humilie.
—Ah çà! Herman, sur quelle épine avez-vous donc marché? Ces nobles seigneurs m'ont témoigné beaucoup d'estime et d'amitié. J'en étais même confus. Pensez donc! j'étais à la place d'honneur au milieu de tous ces comtes et barons! Les millions sont aussi une noblesse, mon fils.
Le jeune homme, sentant bien que le moment était mal choisi pour faire part à son père de ce qu'il avait remarqué et de la façon dont il jugeait la situation, s'étendit au fond de la voiture.
—J'ai la tête un peu lourde et je suis très fatigué, dit-il. D'ailleurs le bruit des roues couvre à moitié le son de vos paroles. Laissez-moi donc reposer un peu, mon père, je vous en prie. Demain je vous dirai quelles réflexions ce dîner a fait naître dans mon esprit.
—Le baron d'Overburg possède une excellente cave. Vous avez peut-être bu un verre de trop, Herman?
—J'ai passablement bu, mon père.
—Et cela vous alourdit? Moi, au contraire, le bon vin me ragaillardit. Il me semble que je n'ai pas trente ans… Mais vous ne m'écoutez pas, je crois… Allons, allons, dormez donc, si vous pouvez.