Beaucoup plus loin, dans la rangée des maisons d'ouvriers, il y avait une maisonnette qui se distinguait par sa propreté.

Le sol était semé de sable blanc jusqu'à la rue. Trois ou quatre pots de fleurs répandaient leur parfum sur les fenêtres, derrière des rideaux blancs comme la neige. La cheminée était ornée d'une image de la sainte Vierge entre deux perroquets de plâtre, dont le plumage rouge, jaune et vert flattait agréablement le regard. Les petits ustensiles du ménage, les plats et les tasses étaient étalés sur une armoire et brillaient et étincelaient comme s'ils étaient fiers de leur propreté. Les grossières chaises de jonc n'avaient pas une tache; la table de bois blanc était lavée, le poêle frotté à la mine de plomb.

Cette habitation d'ouvrier était aussi pauvre que les autres; les objets les plus étincelants n'avaient coûté que quelques centimes… et cependant il y régnait une apparence de paix, de contentement et de bien-être; l'air y était si pur, tout y était si souriant, que l'aspect de cette humble maisonnette suffisait pour faire comprendre comment un ouvrier peut aimer sa demeure tout aussi bien qu'un richard qui s'enorgueillit de son palais.

Dans une des chambres du rez-de-chaussée, une femme était occupée à travailler près d'une lampe. Elle cousait à une blouse bleue, et, comme il y avait encore beaucoup de ces blouses pliées sur une chaise, il était à supposer qu'elle travaillait pour un magasin. Elle pouvait avoir vingt-huit ou trente ans; ses vêtements de coton, communs et pâlis par le lavage, étaient d'une grande propreté et même arrangés avec une simplicité qui ne manquait pas d'une certaine élégance.

À côté d'elle, près de la table, était assis un petit garçon de huit ans avec des cheveux bruns et de grands yeux vifs. Il avait devant lui un livre ouvert et remuait les lèvres, en même temps que, du bout d'un petit bâton, il montrait les lettres qu'il s'efforçait de lire.

Dans un coin, sur des tabourets de bois, étaient assises deux petites filles de trois à quatre ans. Elles jouaient avec des poupées et s'amusaient en silence, élevant de temps en temps la voix pour gronder les poupées en riant doucement entre elles.

Depuis un instant, le petit garçon paraissait embarrassé, son petit bâton ne remuait plus et il secouait la tête avec impatience.

—Qu'est-ce, Bavon? demanda la femme. Cela ne va-t-il pas, mon enfant?

—Ah! mère, dit-il, le maître m'a donné à apprendre une leçon dans laquelle il y a un mot si difficile, si difficile! J'en ai chaud, mais je n'en sors pas. Lis-le donc, toi, mère!

Il se rapprocha, lui mit le livre sous les yeux et montra le mot qui l'arrêtait.