Bavon alla chercher quelques livres qu'il avait conservés des premiers mois qu'il allait à l'école; il plaça Godelive sur l'un des bancs et ses petites sœurs sur l'autre, prit la petite canne des dimanches de son père, et commença à aller et venir, la tête droite et avec un sérieux comique en criant de temps en temps d'un ton courroucé:
—Silence dans la classe, ou je vous mets dans le coin. Quiconque ne connaît pas sa leçon, devra manger le pain sec. Godelive Weldenslag, attention! Quelle lettre est celle-ci?—Bon! Et celle-ci? Et celle-là?—Vous savez votre leçon. Vous avancerez d'une classe. Tournez la page de votre livre. Qu'est-ce qui est écrit sur la deuxième ligne?
—Da, de, di, do, du, dit Godelive à haute voix.
—Oui, vous connaissez cela par cœur, je le sais bien; mais là, sur l'autre page, là?
La petite fille fit un violent effort pour épeler la syllabe qu'on lui montrait, mais elle ne put y parvenir.
—Courage, faites bien attention, dit Bavon. Ces deux voyelles O et U forment le son…
—Ou, ou! dit Godelive avec une joie triomphante.
—Très-bien, mon enfant, vous y êtes! dit le jeune instituteur avec joie.
Godelive Wildenslag reçoit dix bons points.
La mère avait vu cette scène en souriant et avec plaisir.
—Chers enfants, dit-elle avec émotion, vous jouez là un jeu sérieux. Croiriez-vous que Godelive finira par apprendre à lire sans aller à l'école?